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Comment internet s’apprête à redéfinir le monde de demain

Alexis de Framasoft nous propose un vidéo d’une intervention de Serge Soudoplatoff (au CNAM, je crois bien) qui, après avoir constaté – peu de gens le nient aujourd’hui – que l’innovation sur internet déborde aujourd’hui sur la société toute entière, constate une série de ce qu’il appelle des ‘mauvaises nouvelles’. Pour qui ? Pour les organisations actuelles, plus que pour Soudoplatoff, de toute évidence, vu sa mine réjouie. La plupart de ses constats sont en forte résonance avec de nombreux billets publiés ici, et je vous en propose un court résumé et une petite analyse destinés à ceux qui n’auraient pas le temps de parcourir les trois quart d’heure de son exposé.

Serge Soudoplatoff

Il n’y a pas de chef

La gouvernance de l’internet est gérée par une quinzaine d’organismes dont certains n’ont même pas d’existence légale. Plusieurs de ces organismes, comme l’IETF, se définissent comme des groupements de gens intéressés par le sujet. On est très loin de ce qui a structuré et organisé la société jusqu’à aujourd’hui.

La construction se fait de façon désorganisée et bénévole

Là encore, il n’y a pas d’exemple de construction d’un projet d’une telle envergure dans l’histoire de l’humanité qui ai été réalisé avec une telle organisation. Bon nombre de ceux qui ont contribué à la construction d’internet n’étaient pas payés pour cela et l’on fait sur leur temps libre et de façon bénévole.

Les décisions sont prises sur des bases pragmatiques

Pas de grandes théories ou de plans stratégiques, toute proposition d’évolution technique (Request for Proposal) se doit, pour être prise en considération, d’être accompagnée d’une application concrète – du code – démontrant son utilité et sa faisabilité. Ces propositions d’évolution sont discutés puis votés.

Et pourtant, ça tourne

500 millions de serveurs, 100 millions de sites web, entre 20 et 30 milliards de pages web, 1,4 milliards d’individus connectés à internet, 253 langues et 253 encyclopédies locales dans Wikipedia, et cela en une trentaine d’année. La Renaissance et le siècle des lumières condensés en trois décénies ? Pas sûr, il se pourrait bien en réalité qu’il ne s’agisse que du moyen âge.

Le coût d’accès au marché se rapproche de zéro

Avec un coût d’hébergement qui commence à quelques dizaine de centimes par mois, jamais l’humanité a connu un tel potentiel de diffusion pour un coût aussi faible. Même si le téléphone portable touche plus d’individus que l’internet, les coûts pour mettre à disposition un service sur le mobile sont sans commune mesure avec internet.

Quelle philosophie ?

Soudoplatoff cite deux penseurs. André Leroi-Gourhan, paléontologue qui a montré que la relation de l’homme avec la technologie est une relation de co-construction (l’homme fabrique l’outil et l’outil change l’homme), ce qui élimine deux idées fausses pour Soudoplatoff, celle de la technologie Dieu (fréquente chez les Geeks) et celle de la technologie Diable (courante dans la presse et chez les politiques).

Marshall MacLuhan disait, en 1964 : “nous allons passer d’une civilisation de média chaud et de spectateurs froids à une civilisation de média froids et de spectateurs chauds�, ce qui devrait résonner largement chez tous les adeptes des média sociaux, et qui laisse à réfléchir sur le rapport qu’entretien le pouvoir aux média traditionnels, rapport qui ne permettra plus, sous peu, d’asseoir le moindre pouvoir. C’est là probablement une faille majeure dans le dispositif politique actuel – tout pays confondus – qui changera radicalement le monde de demain, faille qui a sans nul doute été détectée par beaucoup, d’où cette volonté un peu naïve et dangereuse de vouloir contrôler (et censurer) quelque chose qui, on le voit bien, ne peut pas l’être, du fait même de son mode de conception, de création, d’évolution et de gouvernance.

Regarder le passé pour aborder l’avenir

Dernier point, Soudoplatoff compare l’internet non pas à l’invention de l’imprimerie comme il est habituel de le faire mais avec l’invention de l’alphabet. A ceux qui lui disent que l’internet c’est compliqué, il rétorque par ce petit exercice mental consistant à s’imaginer en 1500 avant Jésus Christ lors des premières utilisations de l’alphabet.

Ce point est l’une des plus belles réponses qu’il m’ait été donné d’entendre sur la complexité inhérente d’internet, et la meilleure réponse que l’on puisse donner à ceux qui revendiquent une centralisation (minitel 2.0) de l’internet pour épargner à une masse ignorante les difficultés de son usage.

poste_conduite_ford_t

L’apparition du permis de conduire s’est fait en plusieurs étapes et a commencé en 1851 avec les rudiments d’un code de la route apparu en 1899, mais c’est en 1922 qu’est apparu le permis de conduire tel qu’on le connaît aujourd’hui, c’est à dire un certificat de capacité à conduire, qui prend en compte aussi bien le respect d’un code que celui des autres conducteurs et de l’infrastructure routière. 1922, soit 14 ans après le lancement de la Ford T, la première voiture réellement populaire et démocratisée.

Si l’on date (arbitrairement) l’internet démocratique et popularisé aux premiers pas de l’accès en RTC au web, disons 1996 (l’arrivée de Wanadoo), alors nous sommes aujourd’hui à ce moment critique où la nécessité d’un permis, ou en tout cas d’un enseignement largement répandu des usages et des codes, est devenu indispensable. Combien, à l’assemblée – qui prétend réguler l’internet – décrocheraient leur permis ? Bien peu. Quand on pense qu’ils sont censés définir le monde de demain, il y a de quoi avoir peur.

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2 commentaires

merci pour ce condensé d’infos sur le sujet, c’est très intéressant et en effet cela rejoint beaucoup des questions et points soulevés dans des billets ici même et je pense notamment à la Nethique et aux débats que vous avez organisés autour de ce sujet.

[...] Les humains associés [...]

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